Budget annuel et plan de trésorerie à 13 semaines : une méthode pour PME
Ce guide s’adresse aux dirigeants de petites et moyennes entreprises qui veulent piloter l’année avec un budget et voir venir leur trésorerie semaine après semaine. Il décrit une méthode, la structure des deux tableaux et le rythme de leur revue, puis les règles marocaines qui pèsent sur les encaissements et les décaissements, à jour au 17 octobre 2026.
Deux outils, deux horizons
Le budget et le plan de trésorerie répondent à deux questions différentes. Le budget dit ce que l’entreprise prévoit de vendre, de dépenser et de gagner sur l’année, mois par mois ; il sert de référence pour juger ce qui se passe. Le plan de trésorerie dit combien d’argent il y aura sur les comptes, et quand ; il sert à décider à temps.
Une entreprise peut tenir son budget et manquer d’argent une semaine donnée : un client important règle en retard, une échéance d’impôt tombe en même temps que la paie, un stock a été constitué trop tôt. Le plan à 13 semaines, soit un trimestre, est fait pour voir ces moments venir. L’horizon est assez court pour que les chiffres reposent sur des éléments connus — factures émises, commandes, paie, échéances fiscales et bancaires — et assez long pour laisser le temps d’agir : relancer, décaler un achat, parler à la banque.
Construire le budget : une méthode en cinq temps
Un budget utile part de l’activité, non de l’année précédente augmentée d’un pourcentage. L’expert-comptable fournit le point de départ, les comptes de l’exercice clos ; la direction apporte les hypothèses, et chacune est écrite avec sa source.
- Les ventes. Par activité, par grand client ou par famille de produits, et par mois : volumes, prix, saisonnalité, à partir du carnet de commandes, des contrats et de l’historique.
- Les coûts variables. Achats consommés, sous-traitance, transport, commissions, exprimés en proportion des ventes ou en coût unitaire, pour qu’ils suivent l’activité.
- Les coûts fixes. La masse salariale, établie personne par personne avec les embauches et départs prévus ; les loyers, assurances, honoraires et systèmes.
- Les investissements et leur financement. Ce qui sera acheté, quand, et comment ce sera payé : fonds propres, crédit, crédit-bail.
- Le passage à la trésorerie. Le budget est traduit en encaissements et décaissements mensuels, en appliquant les délais de règlement réels des clients et des fournisseurs, la TVA et le calendrier des impôts.
Arrêter le budget et prévoir l’imprévu
Le budget est préparé avant l’ouverture de l’exercice, arrêté par la direction et, le cas échéant, présenté aux associés. Chaque ligne a un responsable, qui en expliquera les écarts.
Il est utile de l’accompagner d’un scénario prudent — ventes en retrait, encaissements plus lents — pour savoir à partir de quel niveau d’activité la trésorerie se tend, et ce que l’on ferait alors. Prenons une entreprise dont les clients paient en moyenne à 90 jours : si ce délai s’allonge de 15 jours, l’équivalent de 15 jours de chiffre d’affaires manque sur les comptes.
Le plan de trésorerie à 13 semaines
Le plan tient sur une page : treize colonnes, une par semaine, et quatre blocs de lignes.
- Trésorerie d’ouverture : le solde réel des comptes au début de la semaine.
- Encaissements : règlements attendus des clients, facture par facture pour les plus importantes, selon leur échéance et le comportement réel de chaque client ; autres entrées, comme le déblocage d’un crédit ou un apport des associés.
- Décaissements : fournisseurs, salaires, cotisations sociales, impôts et taxes, loyers, échéances d’emprunt, investissements.
- Trésorerie de clôture : ouverture plus encaissements moins décaissements, comparée aux lignes de crédit disponibles et à un seuil minimal fixé par la direction.
La revue : chaque semaine, chaque mois, chaque trimestre
Chaque semaine, la colonne écoulée reçoit les montants réels, une nouvelle semaine s’ajoute au bout de l’horizon, et les écarts entre prévu et réalisé sont notés : les lignes qui s’écartent le plus sont celles où l’effort de prévision doit porter. Les données viennent de documents que l’entreprise tient déjà : balance âgée des clients et des fournisseurs, carnet de commandes, calendrier de paie, échéancier des emprunts, calendrier fiscal.
Chaque mois, après la clôture mensuelle, le réalisé est comparé au budget. On distingue l’effet volume (on a vendu plus ou moins), l’effet prix, l’effet calendrier (la vente ou la dépense a seulement glissé d’un mois) et l’événement exceptionnel. Les deux premiers changent la trajectoire de l’année ; le troisième se rattrape, mais pèse sur la trésorerie du moment. La prévision de fin d’année est mise à jour, et les décisions prises sont consignées avec leur responsable et leur date.
Chaque trimestre, les hypothèses du budget sont revues si l’activité s’en est durablement écartée, et l’utilisation des lignes de crédit fait l’objet d’un point avec la banque.
Les indicateurs à suivre
Peu d’indicateurs, suivis chaque mois et toujours calculés de la même façon, valent mieux qu’un tableau exhaustif. Pour une PME, ceux-ci couvrent l’essentiel :
- trésorerie disponible, et nombre de semaines qu’elle couvre au rythme actuel des décaissements ;
- délai moyen de règlement des clients, en jours, et montant des créances échues par ancienneté ;
- délai moyen de paiement des fournisseurs, à rapprocher des délais légaux ;
- stocks, en jours de consommation, et besoin en fonds de roulement, en jours de chiffre d’affaires ;
- marge brute et excédent brut d’exploitation, comparés au budget et à l’année précédente ;
- carnet de commandes, pour les activités qui en ont un ;
- utilisation des lignes de crédit et respect des engagements pris envers les banques ;
- fiabilité de la prévision : écart entre la trésorerie prévue quatre semaines plus tôt et la trésorerie réelle.
Délais de paiement : ce que fixe la loi n° 69-21
Les délais de paiement entre commerçants relèvent du Code de commerce (loi n° 15-95), dans sa rédaction issue de la loi n° 69-21 publiée au Bulletin officiel du 15 juin 2023. Ces règles ne s’appliquent pas aux personnes dont le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 2 millions de dirhams hors TVA (art. 78-1).
Les délais. À défaut d’accord, le délai de paiement est de 60 jours à compter de la date d’émission de la facture ; s’il est convenu, il ne peut dépasser 120 jours à compter de cette date. La facture doit être émise au plus tard le dernier jour du mois de la livraison ou de la prestation ; à défaut, le délai court à partir de la fin de ce mois. Pour des opérations périodiques n’excédant pas un mois, les délais courent à partir du premier jour du mois suivant. Un décret pris après avis du Conseil de la concurrence peut porter le délai jusqu’à 180 jours dans certains secteurs (art. 78-2).
L’amende. Tout paiement hors délai donne lieu à une amende au profit du Trésor, calculée sur le montant TTC de chaque facture non réglée à temps : au taux directeur de Bank Al-Maghrib applicable à la fin du premier mois de retard, puis 0,85 % par mois ou fraction de mois supplémentaire. Elle est versée spontanément, avec la déclaration. Elle est suspendue pour les factures portées devant le tribunal, jusqu’à décision définitive, et le créancier garde son droit à être indemnisé du retard (art. 78-3). Le CGI exclut des charges déductibles les amendes pour infraction aux dispositions législatives (art. 11-I) ; l’expert-comptable confirmera le traitement de celle-ci.
La déclaration. Les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 2 millions de dirhams hors TVA déposent par voie électronique, avant la fin du mois qui suit chaque trimestre, une déclaration accompagnée d’un état détaillé des factures qui n’ont pas été réglées dans les délais, même lorsqu’il n’y en a aucune. L’état est visé par le commissaire aux comptes à partir de 50 millions de dirhams de chiffre d’affaires, en deçà par un expert-comptable ou un comptable agréé (art. 78-4).
Les sanctions. Le défaut ou le retard de déclaration, comme le défaut ou le retard de paiement de l’amende, coûtent selon le chiffre d’affaires : 5 000 dirhams de 2 à 10 millions de dirhams, 12 500 de 10 à 50 millions, 50 000 de 50 à 200 millions, 125 000 de 200 à 500 millions, 250 000 au-delà ; une déclaration incomplète, 5 000 dirhams par facture manquante ou incohérente (art. 78-6). Une liste annuelle des contrevenants est transmise à l’Observatoire des délais de paiement (art. 78-8).
Les paliers. L’amende et la déclaration (art. 78-3 à 78-10) se sont appliquées aux factures émises à compter du 1er juillet 2023 pour les entreprises de plus de 50 millions de dirhams de chiffre d’affaires, du 1er janvier 2024 pour celles de 10 à 50 millions, du 1er janvier 2025 pour celles de 2 à 10 millions. Pour 2024 et 2025, les entreprises de 50 millions de dirhams au plus déposaient une déclaration annuelle, avant le 1er avril 2025 puis avant le 1er avril 2026 (loi n° 69-21, art. 2).
Dans le plan, la conséquence est double : les règlements fournisseurs se planifient pour tomber dans les délais, et aucun délai client convenu ne peut dépasser 120 jours, sauf décret sectoriel.
TVA, impôt sur les sociétés, retenues : les échéances fixes
Les échéances fiscales sont connues à l’avance et entrent dans le plan dès sa construction. Toutes les entreprises déclarent par voie électronique depuis le 1er janvier 2017 (CGI, art. 155-I), ce qui fixe les dates suivantes.
- TVA, régime mensuel, obligatoire lorsque le chiffre d’affaires taxable de l’année écoulée atteint 1 million de dirhams (art. 108-I) : déclaration et paiement avant la fin de chaque mois, pour le mois précédent (art. 110).
- TVA, régime trimestriel, en deçà de ce seuil, avec la possibilité de demander le régime mensuel avant le 31 janvier (art. 108-II) : déclaration et paiement avant la fin du premier mois de chaque trimestre, pour le trimestre écoulé (art. 111).
- Point d’attention : sauf option pour le régime des débits, la TVA est due à l’encaissement du prix (art. 95). Elle suit donc les règlements des clients, et le plan la calcule sur les encaissements prévus, non sur la facturation.
- Impôt sur les sociétés : quatre acomptes, chacun égal à 25 % de l’impôt du dernier exercice clos, avant la fin des 3e, 6e, 9e et 12e mois suivant l’ouverture de l’exercice (art. 170-I) ; le solde dans le délai de la déclaration, soit les trois mois qui suivent la clôture (art. 20-I et 170-IV).
- Retenues sur salaires : l’impôt sur le revenu retenu sur les salaires payés au cours d’un mois est versé dans le mois suivant (art. 174-I).
Sources
Sources
- 1 Code de commerce (loi n° 15-95), version consolidée au 29 janvier 2026 — chapitre « Délais de paiement », art. 78-1 à 78-10, dans la rédaction de la loi n° 69-21 (Bulletin officiel n° 7204 du 15 juin 2023), et article 2 de la loi n° 69-21 (texte arabe)Ministère de la Justice, portail Adalaadala.justice.gov.maconsulté le
- 2 Code général des impôts, édition 2026 — art. 11-I, 20-I, 95, 108, 110, 111, 155-I, 170-I et IV, 174-IDirection générale des impôtstax.gov.maconsulté le
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